Bousti, secouriste à la manif du 1er mai

Mon documentaire est sélectionné au Paris Podcast Festival pour le prix Sacem de la création sonore et musicale et le prix Audible du public ! Si vous avez aimé l’histoire de Bousti, soutenez-moi en votant sur cette plateforme ! Merci à toutes et tous !

Bousti est street medic : secouriste bénévole pendant les manifestations. Avec son binôme, elle évolue dans les cortèges de tête, où les manifs tournent souvent à l’émeute.

Ce documentaire a reçu trois T dans Télérama.

Je vais en manif depuis que j’ai 16 ans. A l’époque, je protestais contre la loi Fillon. J’en ai maintenant 29. Ça fait pas mal d’heures de marche (de piétinement), de slogans criés, de drapeaux levés (parfois), d’adrénaline et d’espoirs de changement radical. Ça fait aussi beaucoup de violences policières.

Mon premier souvenir marquant remonte à janvier 2009, dans une ville de province. Juste au moment où la manif arrivait à son terme, plusieurs policiers de la BAC ont subitement brandi des tasers pour menacer la foule et lui intimer l’ordre de se disperser. Leur agressivité était telle que plusieurs personnes, venues défiler indépendamment des syndicats, se sont énervées. Les affrontements ont commencé. Aucun doute : les forces de l’ordre avait créé volontairement la tension.

J’ai vu des personnes se faire massacrer à coups de matraques. J’ai le souvenir très vif d’un homme à terre, dégoulinant de sang, menotté, complètement vulnérable, sur lequel les CRS s’acharnaient encore. Là encore, aucun doute : ils ne voulaient pas seulement l’interpeller ; ils voulaient régler leurs comptes. Lorsque je me suis approchée pour filmer la scène, un flic s’est jeté sur moi en brandissant sa matraque.

En 2016, à Paris et en province, les manifs contre la loi travail ont mobilisé énormément de gens, et notamment des jeunes. Beaucoup ne se reconnaissaient pas dans les syndicats : ils se sont regroupés et ont pris la tête du défilé. Les cortèges de tête, puisque c’est ainsi qu’on les appelle, ont été le théâtre de violences invraisemblables. C’est bien dans le gouvernement Hollande/Valls qu’on a vu la police se déchaîner le plus.

A celles et ceux qui rétorqueront que les casseurs l’avaient bien cherché, je répondrai que, d’abord, ce ne sont pas des casseurs mais des manifestants, et qu’ensuite, ils ne se battent pas à armes égales. Quand on empêche les protestataires de se protéger des gaz lacrymogènes avec des lunettes de piscine et du sérum physiologique, ou contre les grenades de désencerclement avec des casques ; quand, en face, les flics sont harnachés des pieds à la tête, alors le déséquilibre est flagrant. En 2014, Rémi Fraisse a été tué par un gendarme à Sivens ; qui peut dire la dernière fois qu’un membre des forces de l’ordre a été tué par un manifestant ?

Il fallait alors venir en aide, au mieux, aux contestataires blessés dans les affrontements. C’est là qu’interviennent les street médics : des secouristes, évidemment bénévoles, qui évoluent dans les cortèges de tête, habillés de couleurs vives pour être facilement repérés au milieu du black bloc  – rappelons d’ailleurs que le cortège n’est pas exclusivement constitué du black bloc. Les médics transportent avec eux le matériel nécessaire pour apporter les premiers soins aux victimes. Le travail qu’ils font est à la fois courageux et nécessaire.

Pour mon premier documentaire, j’ai eu envie de parler d’eux. Un ami m’a présenté Bousti, street médic depuis un an. J’ai pris mon enregistreur et je l’ai suivie, avec son binôme, pendant la manif du 1er mai 2018.

Or, cette manif n’a ressemblé à aucune autre : d’abord, le cortège de tête était énorme. Et, au sein de celui-ci, l’importance du black bloc m’a surprise. J’ai su plus tard qu’ils étaient 1400. Pas de chance, c’était le jour où j’avais pris mon enregistreur avec moi. Connaissant leur aversion pour les médias, j’ai immédiatement pensé qu’on me prendrait pour une journaliste et je me suis sentie plutôt mal à l’aise.

Je n’ai jamais pris part aux violences du black bloc mais je ne les ai jamais condamnées non plus. Tout au plus, je considère que ce mode d’action n’est pas forcément efficace. En revanche, là, pour la première fois, certains de leurs agissements m’ont profondément déplu, notamment lorsque certains ont mis le feu à une voiture en menaçant directement les habitants de l’immeuble au-dessus. Un article de Paris Luttes Info résume parfaitement mon point de vue sur le sujet.

Forcément, le sujet de mon documentaire a dévié : plutôt que de parler des street médics, j’ai décidé de parler de cette manif en particulier. Son traitement médiatique, souvent simpliste, m’a donné envie de proposer un autre point de vue : celui de Bousti, fondamentalement non-violente et en même temps sympathisante du black bloc.

Je souhaite ajouter un dernier point : on s’émeut plus volontiers des violences policières lorsqu’elles concernent des personnes blanches, des lycéens parisiens par exemple, que lorsqu’elles sont dirigées contre des jeunes de banlieue. Là-bas, les brutalités sont quotidiennes et, la plupart du temps, complètement invisibilisées. Ne l’oublions pas.

Allez, prêt·e·s à partir en manif avec Bousti ? Ecoutez et partagez si vous aimez !

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